Le Monde : 17 mars 2005 : Les Celtes à Bercy pour fêter saint Patrick

Paris Après trois éditions données au Stade de France (55 000 spectateurs), le Festival interceltique de Lorient (FIL) revient aux dimensions plus modestes, si l’on peut dire, de Bercy (17 000 spectateurs) pour célébrer saint Patrick, patron de l’Irlande, et, par-delà, symbole de la nation celte qui réunit la Galice espagnole à la Bretagne française, l’Ecosse écossaise à l’Irlande irlandaise. Le Stade de France était un pari : en 2002, quand Jean-Pierre Pichard, directeur du FIL et metteur en scène de la surprise-partie géante réunissant la grande famille celte, avait pris d’assaut le stade dont, en 1998, le football national et la France métissée étaient sortis vainqueurs, cette Nuit celtique fut un exploit. Les gradins, les virages, les tribunes, les pelouses s’étaient hérissés de drapeaux bretons. Alan Stivell y avait joué de la harpe celtique, avant de déserter les lieux, officiellement sans fâcherie. Bricolo la première année, la Saint-Patrick du Grand Stade avait acquis de l’aisance et du savoir-faire en 2004.

La Nuit celtique du Stade de France avait aussi annexé le stade de la Beaujoire à Nantes à la fin du printemps. Mais entre stades la compétition peut faire rage. Nantes au mois de juin est à une coudée d’autocar du Finistère. Paris aurait pu en souffrir et le fit savoir. Mais le FIL ne voulait pas abandonner ses terres. Le Stade de France étant par ailleurs une machinerie digne des travaux d’Hercule, le FIL s’en est donc retourné à ses premières folies de grandeur, Bercy, qui avait été en 1999 l’aboutissement d’un rêve commencé modestement en 1993 dans le quartier des Halles à Paris. La Bretagne celtique débarquait alors en petits groupes de musiciens pour fêter dans la rue l’apôtre d’Irlande (389-461), enlevé par des pirates, six ans esclave, récupéré en Gaule dans les environs d’Auxerre, et reparti évangéliser le pays du whisky single malt et de la Guinness.

Pour la philosophie, la voici : « A l’heure de la mondialisation, la Saint-Patrick continue à mettre en scène des niches culturelles dans lesquelles l’humanisme et la joie de vivre retrouvent leur compte. » Pour la direction artistique, elle est assumée par Jean-Pierre Pichard, un presque sexagénaire et fin limier pour qui il importe de bien vivre, ex-joueur de cornemuse au bagad de Combourg et penn-soner (chef souffleur) de la Kevrenn de Rennes. Mais Jean-Pierre Pichard est bien plus que tout ce que l’on peut raconter à son sujet : il est l’homme qui a su débusquer la celtitude des joueurs de cornemuse du sultanat d’Oman – à chameaux montés – ou celle des astronautes de la NASA (appellation d’origine : irlandaise), devenus depuis des aficionados de l’Interceltique, tout comme les quelque 500 000 badauds et spectateurs qui se pressent à Lorient début août. La messe est dite.

Bien, alors ? A la Saint-Patrick, tout éclectique. Des chœurs gallois, puissants, des chœurs d’hommes, des cuivres, des cercles de danse (d’Auray, de Pontivy, de Pont-l’Abbé, de Saint-Evarzec) et des danses irlandaises. Quarante sonneurs triés sur le volet, choisis parmi les rangs des bagadou (bombardes, cornemuses, percussions) de Lorient, d’Auray, de Pontivy et Locoal-Mendon. La Galice est représentée par Susana Seivane, 28 ans, cornemuse débridée, énergie totale, remarquée en 2004 à Saint-Denis. La Bretagne l’est par deux délicats artistes, le pianiste Didier Squiban et le chanteur Denez Prigent, naguère champion du rock électro appliqué aux gwerzou.

Et Gilles Servat ? Il en sera, avec La Blanche Hermine, imparable, et une poignée de nouvelles chansons extraites d’Escales, son album paru en 2003.

Véronique Mortaigne

La Bretagne fête la Saint-Patrick, Palais omnisports de Paris-Bercy, les 16 et 17 mars à 20 heures, M° Bercy. Tél. : 0892-390-490. www.ticketnet.fr /De 30 € à 78 €.

  • ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 17.03.05

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