La première manche du championnat national des bagadoù, demain à Brest, sera l’occasion de reparler du malaise éprouvé l’an passé lors de la seconde, en ouverture du Festival interceltique de Lorient (Fil).
D’ores et déjà, les Quimpérois du Moulin-Vert ont décidé de boycotter le défilé.
Un vent de fronde arrive tout droit des cornemuses sur le Fil. Motif : le ras le bol d’une majeure partie des bagadoù des conditions d’accueil.
Penn soner du Moulin-Vert (1ere catégorie), Stéphane Riou, secrétaire général de BAS (Bodadeg ar Sonerion), explique: «D’année en année, nous en subissons les dégradations. C’est à croire que le Fil n’a plus la volonté de mettre le championnat en valeur.»
Dans les flonflons
Cela se vérifie notamment lors de la remise des prix qui, selon les sonneurs, a lieu «dans un ghetto restreint au milieu des flonflons de la fête foraine et le bruit des bars voisins.» C’est à ce même endroit que les 4e catégories ont concouru.
Parmi les exemples de «non respect des contingences techniques» : celui de la bâche blanche qui recouvre la pelouse du Moustoir. Destinée au spectacle nocturne de la Nuit celtique, celle-ci éblouit les sonneurs. «Malgré nos remarques, rien n’a encore bougé.» Autres griefs : les repas. «Outre les conditions lamentables du samedi soir, le lendemain, après un défilé qui n’a plus la moindre rigueur dans son organisation, nous n’avons pu dîner comme les années précédentes. On nous a royalement donné cinq euros par personne !» Malgré la présence, à la demande de BAS, du vice-président du Fil, les choses n’ont pas avancé. Une demande de commission paritaire a été formulée. «C’est impératif, sinon nous allons au clash (…)» En conséquence : le Moulin-Vert a déjà décidé de boycotter le défilé. Certains groupes, et non des moindres, réservent leur décision. «Il faut faire vite, conclut Stéphane Riou, car d’autres festivals sont preneurs pour accueillir les concours».
Jean-Pierre Pichard «pas au courant»
Contacté hier, Jean-Pierre Pichard, directeur du Fil, affirmait ne «pas être au courant» du début de fronde de certains bagadoù. «Je ne connais pas la situation du bagad Moulin-Vert, mais je sais que j’ai parlé récemment avec le président du bagad Kemper, qui n’a jamais remis en question la volonté des sonneurs de venir au prochain festival. On a plutôt parlé du concert qui sera joué, le premier lundi au Grand théâtre, et il a insisté pour être présent».
Trouver un accueil
Revenant sur l’accueil déplorable dont estiment avoir été victimes les bagadoù, Jean-Pierre Pichard ne niait pas : »«C’est un vrai problème. L’an passé, l’Inspection du travail a demandé au dernier moment de fermer la Marine, où mangeaient les bagadoù. Dans l’urgence, on leur a trouvé de la place sur la Cotriade. Je sais que certains n’ont pas apprécié d’être relogés au port de pêche. Quant à la remise des prix, elle s’est faite dans ces conditions en partie parce que les industriels forains ont refusé de baisser le son. On a fait comme on pouvait. Le problème va se reposer, puisque DCN, du fait de son changement de statut, vient d’annoncer qu’elle ne pourra plus accueillir les cercles et bagadoù. On va essayer de trouver une meilleure solution, avec plus de temps devant nous cette année» ». Pour finir, Jean-Pierre Pichard ne s’alarmait pas outre mesure d’une fronde contagieuse : «Il ne faut pas oublier que le Fil reste (…), le premier organisme de promotion des bagadoù avec une large couverture médiatique. Comme on dit : ventre affamé n’a pas d’oreille».
Gérard Classe et Gwen Rastoll
Copyright © Le Télégramme 12/02/2005